Cent printemps et déjà deux Sacres

LE MONDE | 07.03.2013 à 15h09

Par Rosita Boisseau

>>> l'article dans Le Monde


C'est parti ! L'anniversaire officiel de la création du Sacre du printemps d'Igor Stravinsky dans la chorégraphie de Vaslav Nijinski aura lieu le 29 mai avec une avalanche de versions du spectacle-phénomène du XXe siècle. Mais l'offensive a déjà commencé avec deux lectures épatantes de l'oeuvre originale.


Le Sucre du printemps, chorégraphié par Marion Muzac et Rachel Garcia, sur la partition de Stravinsky, projette sur scène 28 jeunes, âgés de 9 à 21 ans. En shorts gris ou jupes plissées bleues, cette ribambelle de collégiens cavale sec pendant que les masses percussives de Stravinsky matraquent sans relâche. Et la bande résiste, s'arrache les cheveux et hurle comme dans une cour d'école lors d'une récréation orageuse !


Marion Muzac et Rachel Garcia ont réussi à capter l'énergie rugueuse des danses hip-hop, électro ou africaines de ces ados pour les insérer dans une vision élargie de la chorégraphie de Nijinski. Les saccades électriques se greffent sur les mouvements tout en coudes et genoux du danseur russe. Certains de ses motifs typiques comme les cercles et les sauts sont réinterprétés par les danseurs sans perdre de vue leur personnalité et leur maladresse. Tout fait corps sans que rien semble contraint dans ce kaléidoscope de gestes écharpés.


GLISSEMENTS FANTOMATIQUES

Marion Muzac et Rachel Garcia ont sélectionné 28 jeunes sur 200 lors d'une audition en mai 2012, au Centre national de la danse, à Pantin (Seine-Saint-Denis). Lancé en janvier 2010 au Centre de développement chorégraphique, à Toulouse, Le Sucre du printemps a aussi vu le jour avec des adolescents allemands, à Düsseldorf, avant de se poser en Seine-Saint-Denis.


Sur un mode plus archéologique, la version de la chorégraphe Dominique Brun, Sacre#197 (197 pour marquer son inscription parmi les 220 relectures du Sacre du printemps qui ont été conçues depuis 1913 !), joue entre déconstruction et rêverie.


En complicité avec six interprètes, Dominique Brun a travaillé à partir des partitions annotées par Stravinsky, des dessins réalisés à l'époque par Valentine Gross-Hugo. Elle a aussi nourri sa vision de deux autres ballets : L'Après-midi d'un faune chorégraphié en 1912 par Nijinski et Petrouchka mis en scène par Michel Fokine en 1911 et dansé par Nijinski.


Sur une musique contemporaine de Juan Pablo Carreño, ces couches d'images et de gestes surgissent comme des réminiscences dans les corps des danseurs. Courbés, les genoux en dedans, ils raclent le sol, opposant au dynamisme pulsant du Sacre originel, les glissements fantomatiques d'une humanité primitive hébétée.


La pièce de Dominique Brun, série d'éblouissements avec retours réguliers à l'obscurité, pourrait raconter ce qui s'est passé avant et après le pic de violence qu'est le rituel de mort païen imaginé par Stravinsky. Un brusque éclair de chaleur dans la nuit du monde.

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